• Sébastien G.

LE RIZ AU JAPON 2/2

Mis à jour : janv. 5

Le riz comme marqueur d’une civilisation.


Avec son introduction dans l’archipel au Vème siècle avant J-C, le Japon jusque-là territoire de populations éparses vivants de chasse et de cueillette, va être complètement bouleversé. Grâce à la révolution agraire qu’implique la riziculture, le pays va connaître sa première grande poussée démographique. Les historiens spécialistes du Japon estiment que la population de l’ère Yayoi 弥生時代 (500 av J-C à -250 av J-C) va doubler voire tripler par rapport celle de l’ère Jômon 縄文時代 (10 000 av J-C à 500 av J-C) qui la précédait.


Habitations et rizières aux environs de Yokohama 横浜 sous l'ère Meiji  明治時代 (1868 - 1912) (Photo Cl. Underwood)
Habitations et rizières aux environs de Yokohama 横浜 sous l'ère Meiji 明治時代 (1868 - 1912) (Photo Cl. Underwood)

Traversant les siècles, il demeure la base de l’économie nationale, un pilier de la culture et le fondement même de la société japonaise :


  • Dans la langue japonaise, le terme Gohan ご飯 désigne « le riz blanc cuit à la vapeur » mais également le « repas » à proprement dit. C’est dire comme il incarne la base même de l’alimentation. Imaginez, c’est un peu comme si, en France, le mot « pain » pouvait aussi bien indiquer l’aliment du même nom qu’un déjeuner ou un dîner…

  • Dans le Japon féodal, la valeur des fiefs était estimée en fonction de leur rendement en Koku 石 de riz (unité de mesure traditionnelle. 1 Koku = environ 180 L). Les Japonais de l’époque avaient estimé que 1 Koku était la quantité de riz nécessaire à une personne pour se nourrir pendant 1 an.

  • Pour administrer le pays, les Shôgun TOKUGAWA 徳川 (dynastie de Shôguns qui dirigèrent le Japon de 1603 à 1867) avaient mis en place des enquêtes sur la capacité productive des terres appelées Kokudaka 石高.

  • Les tributs payés aux Daimiyô 大名 (Seigneurs) et aux Shôguns 将軍 étaient évalués en Koku de riz.

  • Les rentes des samouraïs ou des serviteurs étaient elles aussi fixées en Koku de riz.

  • Une grande part des fêtes et des cérémonies traditionnelles qui rythment la vie des Japonais tirent leurs origines du calendrier rizicole [au printemps célébrations autour du repiquage du riz, l’été dévotions pour que les cultures ne soient pas endommagées (par les typhons, les insectes etc.), octobre-novembre fêtes axées sur les moissons].

  • Aujourd’hui, le riz est toujours le pilier de la politique agricole japonaise. Alors que le Japon dépend énormément de l’importation pour les denrées alimentaires, il affiche un taux d’autosuffisance à 97% (2013) pour ce qui est du riz. D’ailleurs ce n’est pas sans raison que le riz est exclu du JEFTA (accord entré en vigueur le 01/02/2019 créant entre l'Union Européenne et le Japon la plus vaste zone de libre-échange au monde). Malgré la baisse de sa consommation dans l’archipel depuis la fin de la 2nd Guerre Mondiale (1939- 1945), son caractère hautement symbolique aux yeux des Japonais en fait un sujet non « négociable » pour Tôkyô 東京.

  • Dans la religion Shintô 神道 (littéralement : « la Voie des dieux ». Le Shintoïsme est la religion animiste originelle et spécifique au Japon), il est fréquent d’offrir des balles de riz ou des barils de saké (Cf. Photo ci-dessous) aux divinités que l’on souhaite remercier ou solliciter.


Balles de riz et barils de saké étiquetés des noms des donateurs
Balles de riz et barils de saké étiquetés des noms des donateurs

  • Lors d’un mariage Shintô, un couple scellera son union devant les dieux en échangeant 3 fois 3 coupes de saké (alcool à base de riz) dans un rituel appelé San San Kudo 三三九度 (littéralement : 3, 3, 9 fois).

  • Les Empereurs du Japon (qui selon le Shintoïsme, sont des dieux vivants et descendent directement de la divinité solaire), se doivent depuis toujours de participer tout au long de l’année à des rites liés à la riziculture, pour obtenir des divinités des récoltes abondantes. Par exemple, lors de l’intronisation d’un nouveau souverain, le nouvel Empereur accomplit en remerciement pour la bonne récolte, un rituel appelé Daijôsai 大嘗祭 « Fête du Grand Remerciement » (en japonais classique : Ônie nô matsuri オニエノマツリ) durant lequel il offre aux divinités Shintô, du riz ainsi que du saké préparés avec la 1ère récolte cultivée dans une rizière consacrée. Ce rite se termine par une sorte de banquet à la fois symbolique et sacré, durant lequel le nouvel Empereur consomme avec les divinités le riz et le saké. Selon la croyance, en faisant de la sorte, le nouveau souverain fait migrer de son prédécesseur à lui-même « l’esprit divin immortel » qui habite les Empereurs du Japon depuis les origines et émane directement de leur ancêtre, la divinité solaire Amaterasu Oomikami 天照大御神.

Le riz a donc un statut particulier dans la culture japonaise qui peut parfois le conférer au Sacré, au mystère voire, au surnaturel.


Rien de surprenant à cela quand on pense sa pertinence d’un point de vue climatique et géographique par rapport à d’autres céréales :

  • La même rizière peut être utilisée infiniment sans risque d’appauvrissement du sol.

  • Le riz pousse pendant les saisons de températures élevées et de fortes précipitations.

Et c’est encore plus vrai si l’on se place sous l’angle de l’Histoire et du point de vue nutritionnel :

Avec l’arrivée du bouddhisme aux environs du Vème siècle et jusqu’à l’avènement de l’ère Meiji 明治時代 (1868 – 10912) manger de la viande (source de protéines) va devenir tabou (seules les personnes malades et certaines catégories sociales considérées comme parias pouvaient en consommer).

Or, le riz est source de calorie mais également de protéines et d’hydrates de carbone en grande quantité. Si l’on excepte quelques vitamines et quelques minéraux, le riz peut suffire à apporter les éléments dont le corps humain à besoin pour fonctionner...


Bien entendu, les Japonais des temps anciens n’avaient pas conscience de ces données scientifiques. Mais il est évident qu’ils avaient compris l’importance de cette denrée qui à elle seule, permettait de résorber en grande partie le problème de la survie d'un point de vue alimentaire.


A l'heure où les ressources se raréfient et où nourrir une Humanité en constante augmentation devient le problème de tous, ses qualités nutritives pourrait faire passer le riz pour une solution. Mais ce serait omettre sa gourmandise en eau...

Par ailleurs, une autre difficulté se pose : le réchauffement climatique et plus particulièrement les gaz à effet de serre (CO2). Des études récentes menées par des chercheurs Japonais, Chinois et Américains, démontrent que lorsque le riz est exposé à des taux de CO2 proches de ceux attendus d'ici la fin de ce siècle, le zinc, le fer, les protéines et les vitamines (B1, B2, B5, B9) qu'il contient diminuent. Un phénomène qui pourrait à l'avenir, fortement impacter la santé des populations se nourrissant principalement de cette céréale.


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